Les ressources internes mobilisables lors des entretiens de grossesse : un levier clinique sous-estimé
Les entretiens pendant la grossesse (EPP et autres rencontres) sont un moment singulier. Un temps suspendu dans le parcours médical, où quelque chose d’autre peut advenir. Un espace où la parole se dépose, où les représentations émergent, où les fragilités affleurent… mais aussi, souvent à bas bruit, où des ressources profondes se révèlent.
Traditionnellement, l’EPP, lui, a été pensé comme un outil de repérage : repérage des vulnérabilités, des risques psychosociaux, des fragilités psychiques. Une approche nécessaire, bien sûr. Mais partielle. Car à trop chercher ce qui pourrait faire défaut, nous risquons de passer à côté de ce qui tient déjà.
Or, toute personne, même en difficulté, dispose de ressources internes mobilisables. Parfois visibles, parfois enfouies, parfois empêchées — mais toujours présentes, sous une forme ou une autre. L’enjeu n’est pas seulement de les identifier, mais de savoir les activer dans la relation.
Changer de focale : de la vulnérabilité aux ressources
La grossesse est une période de remaniement psychique intense. Ce que Monique Bydlowski a nommé la « transparence psychique » ouvre un accès particulier aux vécus émotionnels, aux souvenirs, aux empreintes anciennes. Cette porosité peut fragiliser… mais elle constitue aussi une opportunité. Une opportunité d’accès à des zones vivantes du psychisme.
Dans ce contexte, l’entretien de grossesse devient un lieu privilégié pour soutenir une dynamique : celle du passage d’un regard centré sur le déficit à un regard centré sur le potentiel. Cela ne signifie pas nier la souffrance. Cela signifie lui laisser prendre toute la place.
Qu’entend-on par ressources internes ?
Les ressources internes ne se limitent pas à des compétences conscientes ou à des capacités déjà structurées. Elles incluent :
- Des élans relationnels (attention portée au futur bébé),
- Des représentations positives, même fragiles,
- Des expériences passées de soutien ou de résilience,
- Des capacités d’adaptation, parfois discrètes,
- Une sensibilité émotionnelle qui, bien accompagnée, devient une force.
Certaines ressources sont immédiatement accessibles. D’autres sont latentes. D’autres encore semblent absentes… mais relèvent en réalité de ce que l’on pourrait appeler des ressources psychiques résiduelles : une forme d’énergie minimale, mais essentielle, qui permet à la personne de ne pas s’effondrer totalement. Les reconnaître, c’est déjà transformer le regard porté sur la situation.
Mobiliser les ressources : une compétence clinique
Repérer une ressource est une chose. La mobiliser en est une autre. Cela suppose une posture spécifique du professionnel : une écoute fine, non jugeante, capable de se décaler du contenu manifeste pour capter les micro-signaux du vivant.
Un exemple simple : une femme exprime une grande anxiété face à l’arrivée de son enfant. Elle dit ne pas se sentir prête, doute de ses capacités, évoque ses peurs de mal faire. Tout semble saturé par l’inquiétude.
Et pourtant, lorsqu’on explore son environnement, elle ajoute presque timidement :
« Ma sœur m’appelle tous les jours… elle me dit que je vais y arriver. Et qu’elle sera là pour moi»
Dans la cartographie Urkind®, ce lien constitue un « grand soleil » dans la sphère de soutien. Une présence fiable, régulière, affectivement contenante. Nommer cette ressource, la valoriser, lui donner du poids dans l’entretien, change immédiatement la dynamique : la femme ne se perçoit plus uniquement à travers sa peur, mais aussi à travers ce qui la soutient.
Ce n’est pas anecdotique. C’est un point d’appui clinique qui permet de soutenir ce qui déjà là.
S’appuyer sur ce qui va bien pour aborder ce qui va moins bien
La psychologie positive, souvent mal comprise, ne consiste pas à « voir le positif » à tout prix. Elle propose un principe clinique fondamental : les états émotionnels positifs élargissent les capacités de pensée et d’action. Concrètement, commencer un entretien en explorant ce qui va bien — même peu — permet d’augmenter la disponibilité psychique de la personne. C’est dans cet état que les zones de fragilité peuvent ensuite être abordées, sans effondrement.
Dans l’approche Urkind®, cette dynamique est centrale. La cartographie psycho-émotionnelle permet de visualiser simultanément les vulnérabilités et les ressources, offrant à la personne une représentation globale de sa situation :
« Je ne suis pas que ma tempête. »
L’entretien comme espace de transformation
L’entretien de grossesse n’est pas qu’un recueil d’informations. C’est un acte clinique à part entière. Ce qui s’y joue dépasse le contenu des réponses. Il s’agit d’un espace où :
- Le parent peut se sentir vu autrement,
- Ses compétences peuvent être reconnues,
- Un sentiment de légitimité peut émerger,
- Une dynamique de confiance peut s’installer.
Dans cette perspective, le professionnel devient un activateur de ressources. Il ne fait pas « à la place de ». Il soutient ce qui, chez l’autre, peut se remettre en mouvement.
Transmettre sans trahir : un enjeu majeur
Dans les parcours de soin, la question de la transmission est centrale. La parentalité ne se vit pas en un seul lieu. Elle circule entre professionnels, institutions, temporalités. Si les ressources repérées ne sont pas transmises, elles disparaissent du parcours. Si elles sont mal transmises, elles peuvent être déformées.
Transmettre, ici, ne consiste pas à raconter l’histoire du parent. Il s’agit d’identifier ce qui est cliniquement utile : les besoins exprimés, les ressources mobilisables, les points d’appui relationnels. Une transmission éthique, c’est une transmission qui soutient la continuité du lien, sans enfermer la personne dans une étiquette.
Conclusion : révéler le vivant
Travailler à partir des ressources internes ne relève pas d’un optimisme naïf. C’est une exigence clinique. Dans un contexte où les professionnels sont souvent confrontés à des situations complexes, parfois éprouvantes, cette approche offre un déplacement essentiel : elle redonne du pouvoir d’agir, au parent comme au soignant.
Car au cœur même de la vulnérabilité, il y a un potentiel à développer. Et notre responsabilité, en tant que professionnels, est peut-être simplement celle-ci : le voir, le nommer, et lui donner la possibilité d’exister.
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